Blogue du PMI-Montréal

Vibrez projet : Les maillons forts de la gestion de projet, avec Merlin Nsenkoue

Auteur : PMI-Montréal

Dans cette nouvelle série de blogues intitulés VIBREZ PROJET, notre directrice de communication Aliki Courmanopoulos, invite des membres du PMI-Montréal à discuter de l'impact de la gestion de projet dans leur vie quotidienne, leur choix de carrière et leurs perspectives uniques sur le futur de la profession. 

 

En cette deuxième édition, membre et bénévole du PMI-Montréal, Merlin Nsenkoue, PMP, Chargé de projet principal en Recherche et innovation (IREQ) et consultant, nous décrit son parcours carrière de chercheur en gestion de projet (temps de lecture : 10 minutes) 

 

ALIKI : Bonjour Merlin, merci d’être venu me voir aujourd’hui. Commençons par toi : qui est Merlin Nsenkoue?

MERLIN : Je travaille comme chargé de projet sénior à l’Institut de recherche d’Hydro-Québec. Je m’occupe principalement des projets d’innovation et de recherche et développement. Pour en arriver là, j’ai commencé ma carrière comme ingénieur de recherche dans le domaine des nanotechnologies. Les nanotechnologies, c’est assez vaste, mais j’étais vraiment ingénieur électrique avec une spécialisation en nanotechnologie. Je travaille donc beaucoup sur des panneaux solaires, et tout ce qui concerne la lumière, comme les LED (D.E.L.), dont l’objectif est d’avoir un coefficient énergétique beaucoup plus intéressant grâce à tout un aspect recherche en amont. Par après, j’ai obtenu mon doctorat. Mon domaine de base, c’est l’ingénierie de recherche. Je me suis ensuite converti en chercheur.

 

                             

 

Alors, tes recherches d’études, ton doctorat, toutes les études que tu as faites en ingénierie, tu les as traitées comme des projets.

Mon expérience en gestion de projet a commencé comme ça. Je me faisais confier des sujets et des projets qui étaient directement liés à des financements étatiques ou des projets qui étaient directement liés à des financements régionaux. J’étais en France et je devais être bénéficiaire d’un contrat État‑région pour pouvoir travailler dans ce cadre-là. Je travaillais sur les prothèses. Lorsque des gens sont amputés, il faut leur fixer un moignon, mais ce moignon-là ne respecte pas toujours leur spécificité. Donc, l’objectif était d’installer des capteurs au moignon. J’ai également mon diplôme d’ingénieur en mesure industrielle : il fallait installer des capteurs et collecter les signaux émis par ces capteurs pour s’assurer que le contact entre le moignon et la jambe générait moins de stress, moins de contraintes et, finalement, générait moins de douleur pour le patient. J’ai donc commencé par là. J’étais en quatrième année.

 

C’est un peu une métaphore pour le rôle d’un chargé de projet : comment générer le moins de stress et le moins de douleur dans le cadre de ton projet.

Exact. En fait, la contrainte, à ce moment-là, c’était que des gens de l’industrie me confiaient des projets comme celui-là, et je devais faire des présentations et défendre mon projet. Je devais trouver les composantes qui vont avec, je devais dire où les acheter. Donc, j’ai commencé très tôt dans ce domaine-là.

 

Alors comment t’es-tu retrouvé à Montréal après tout ça?

J’ai démarré une entreprise, mais il me manquait du financement, parce que ça demandait quand même un certain financement pour pouvoir miniaturiser ce type de système. Il fallait que je fasse des choix d’ordre familial. Donc, ma famille et moi avons pris une décision. Je partais de la France, je travaillais en Allemagne et en Belgique, et ma conjointe travaillait au Canada. Je visitais ma conjointe et j’ai tellement aimé le Canada que je ne suis jamais reparti.

 

Comment as-tu trouvé des offres d’emploi à Montréal?

C’est là que je suis tombé sur le PMI. J’ai rencontré Patrick Perras en 2014, ce devait être au Centre de l’emploi. Patrick Perras me parle du PMI et je me dis que c’est quelque chose qui va venir chercher mon leadership parce qu’il faut le dire : j’ai fait de la gestion de projet, j’ai suivi quelques cours de gestion seulement, mais je n’avais pas toute cette nomenclature de PMP. En gestion, j’ai appris par expérience. Patrick me parle beaucoup et me dit : « Ah! Tu fais une thèse! Moi, je fais un doctorat. » Ça clique entre nous. Nous échangeons nos coordonnées et ce jour-là, je m’en souviendrai toujours, je rentre et je prends une décision difficile : démissionner de mon emploi et aller faire mon PMP.

Tu as démissionné de ton emploi et tu décides d’aller faire ton PMP.

Oui. J’appelle Patrick un dimanche, et il me lance : « Écoute, vas-y, fais-le! Fais-le, fais-le! » En septembre 2015, je m’inscris au cours et je démissionne de mon emploi, parce qu’il ne m’accordait pas le temps nécessaire aux études. Donc, je m’inscris au cours pour comprendre ce que c’est que la gestion de projet « PMP ». Même dans les offres d’emploi, il faut une certaine terminologie relative à la gestion de projet. Ce n’est pas de la gestion de projet comme moi j’en ai fait. J’en ai fait, c’est sûr, ce sont des acquis, mais il faut avoir une certaine terminologie dépendamment du contexte de travail.

Le PMI est mondial et rassemble tout le monde avec un langage commun. C’est une de ses plus grandes forces.

Exact. Donc, j’arrive grâce à Patrick et je rencontre Louise. Je me sens très accueilli!

Contente de le savoir! 

Oui! Je me sens très accueilli, je ne suis jamais reparti, d’ailleurs! J’ai rencontré Louise, qui était super accueillante, elle m’a coaché, m’a parlé du PMI, de ses forces, etc. J’ai suivi mon cours en 2015 et, à ma grande surprise, autour de moi, je ne vois que des PMP! Finalement, je me trouve un poste de coordonnateur à Postes Canada et j’ai l’impression d’être entouré que de PMP. C’était une compagnie américaine, mes patrons étaient PMP. C’était trois lettres que je ne voyais pas avant, parce que je ne connaissais pas la signification.

 

C’est souvent le cas lorsque quelqu’un commence à connaître un peu le PMP, c’est parce qu’il regarde des gens autour en se disant : « Tiens, j’aime bien ce qu’il fait dans la vie, quel est son métier? »

Exact. Donc, je m’inscris au PMI-Montréal parce que je gravite autour dans une démarche de coaching. J’ai trouvé super que vous m’ayez jumelé avec quelqu’un qui travaille dans le monde de la recherche. J’étais mentoré par quelqu’un qui travaille au CNRS et qui maîtrisait mieux ces enjeux-là. Parce qu’il faut quand même le dire : je débute et la chose que je sais le mieux faire, le poste que je laisse, c’est un poste de chercheur, d’ingénieur ou de chargé de projet d’innovation.

Alors cette personne t’a indiqué ce que tu devrais rechercher selon tes compétences.

Exactement.

Il semble que tu l’as trouvé !

Oui, effectivement! Il y a quand même ce parcours de nouvel arrivant. C’est un parcours dans lequel il ne faut jamais laisser tomber son bâton de pèlerin parce que cela peut être long. Mais il faut, comme je dis toujours, savoir s’entourer. Savoir aller chercher de bonnes informations, aux bons endroits. C’est cette chance que j’ai eue. Je dirais que c’est cette chance que j’ai eue avec le PMI, parce qu’en plus de m’être investi dans le PMI, j’ai décidé de faire du bénévolat pour rencontrer du monde. Je suis dans la matrice du PMI. Je rencontre du monde, chacun me partage son expérience, je me nourris.

Le bénévolat au PMI Montréal, ce n’est pas juste venir chercher des PDU. C’est rencontrer du monde.

Ça fait plus de deux ans, je pense, que j’ai fait mon PMP, c’est autre chose qu’une question de PDU!

Oui, oui, je sais! C’est ce que je dis à tout le monde! Que dois-je faire pour accumuler mes PDU? Si tu restes au minimum dans la communauté, tu en auras!

En fait, c’est se nourrir de ce que l’institution t’apporte. Je trouve un poste à la Ville de Montréal. Là, c’était vraiment le départ. Je travaille au service de la direction générale où j’ai un poste de chargé de projet et je travaille principalement dans le bureau de Je fais Mtl.

Oui! C’est là qu’on s’est mieux connus, quand le PMI-Montréal a fourni beaucoup de bénévoles avec Je fais Mtl.

Effectivement. J’avais un rôle qui était clair, c’était de jumeler les 180 bénévoles que le PMI envoyait à la Ville de Montréal avec les 180 projets qui étaient répartis en 12 écosystèmes. Chaque écosystème avait un certain nombre de projets pour lesquels il fallait que je fasse le suivi et que je m’assure que le jumelage entre gestionnaire de projet et entrepreneur se passe bien parce que ces entrepreneurs-là n’ont pas toujours des compétences en gestion de projet.

Ils ont de très bons projets, mais c’est la raison pour laquelle nous nous sommes impliqués avec Je fais Mtl : c’est parce que ce sont des projets qui vont faire vivre le futur de notre ville, et il faut les données et les bons outils pour réussir.

Exactement.

Mettre une idée en action, c’est de la gestion de projet et c’est ce qu’un gestionnaire de projet veut faire! De plus, 150 bénévoles nous ont répondu en 24 heures!

C’était passionnant!

Ils veulent réaliser des idées, les voir en action.

Pendant cet événement-là, plein de patrons me demandaient : « Comment as-tu fait pour arriver là? C’est ça qu’on recherche. » Je me suis senti à la bonne place. Je me suis dit de saisir toutes les occasions. Louise était toujours là, à me donner une petite tape dans le dos et à me conseiller. Ça me permet d’aller de l’avant et je finis par trouver un poste de PCO que je commence comme coordonnateur, mais je n’ai pas encore mon PMP. Toutefois, j’ai déjà fait des cours. Je préparais le terrain et j’acquérais l’expérience de travail en gestion de projet. Ensuite, j’ai obtenu mon PMP.

 

Un doctorat, du bénévolat, ton PMP… et des enfants? Des jumeaux? Est-ce que tu dors?

Oui, oui, oui! (rires)

Tu as trouvé une façon de combiner les deux choses : la famille et la gestion de projet?

On a un tableau dans le bureau, on suit nos activités, et dans mon bureau mon fils a sa place juste en face de moi.

 

Quel est le domaine de connaissances en gestion de projet sur lequel nous devons mettre plus d’importance?

Il y a un gros volet qui est très important, c’est la gestion des parties prenantes. Ça m’a permis de savoir comment orienter ma communication, dépendamment du pouvoir des parties prenantes, car chaque partie prenante n’a pas le même pouvoir. Elles ont un fort pouvoir décisionnel sur la solution qui pourra être utilisée et c’est à nous d’obtenir leur participation.

Dans mon poste actuel, j’accompagne les chercheurs avec des méthodologies standards de gestion, une définition de planification de livrables, un suivi, tout en sachant que je travaille avec des personnes qui ont aussi de très bonnes compétences techniques. C’est cette collaboration qui m’a personnellement manqué pendant que j’étais chercheur. Aujourd'hui, je la retrouve. Après avoir fait quelques projets, être sorti du domaine et avoir goûté à la gestion pure comme on fait au PMI, quand j’arrive à associer les deux aspects, c’est quelque chose de fort.

 

Comment crées-tu cette collaboration? Comment connectes-tu les gens ensemble?

Ça demande beaucoup de leadership et surtout beaucoup d’autonomie et de responsabilités. J’ai une règle d’or, qui consiste à présenter ma vision à mes équipes et surtout de présenter les choses le plus clairement possible : d’où est-ce qu’on vient? Où est-ce qu’on veut aller? Mes équipes et moi, on prend le temps de discuter pour voir si ces options sont les bonnes. Lorsque tout est clair pour nous du point de vue opérationnel, je m’organise avec la direction, pour savoir si on a le go des responsables de la stratégie. C’est cela qu’on implante. J’ai implanté la méthodologie agile dans mes équipes après avoir validé. Les résultats de cette méthodologie sont très positifs.

 

Vous identifiez-vous comme waterfall, agile ou hybride?

Hybride, je pense que dépendamment de sa maturité, toute organisation n’est pas faite pour avoir de l’agilité pure, selon le contexte et le sujet. Je me sers beaucoup de l’hybride parce que je suis en recherche et développement, en innovation. Donc, on s’entend que ce n’est pas de la production où je vais presser sur des boutons pour avoir la même quantité de matière. Je pars avec des enjeux pour lesquels mes équipes peuvent ne pas trouver la situation technique pour pouvoir concevoir un appareil.

Je me rends compte que si on était vraiment dans l’agilité pure et qu’on s’attardait uniquement à la façon dont ça a été réalisé, on serait à côté de la plaque, car la R et D ou l’innovation implique qu’on ne connaît pas la solution de base, donc, il faut chercher pour pouvoir trouver la solution.

 

À la base, le rôle du chargé de projet est d’identifier quels outils et quelles méthodologies sont appropriés pour le projet.

Exactement. Donc, quand j’ai des conflits dans mon équipe, au départ c’était un enjeu de pouvoir amener l’agilité. Je me suis rendu compte que je n’aurais pas pu atteindre mes livrables si je commençais en mode sprint et si je me comportais comme un scrum master. Il a fallu que je pense à autre chose : on va utiliser GIRA, mais avec un tableau Kanban. C’est comme ça qu’on suit nos traces, qu’on suit nos activités. Tout en sachant qu’en arrière‑plan, je fais toute ma planification avec MS Project. Je combine ces éléments-là.

 

Je te poserais une dernière question : quel est ton conseil pour une personne qui débute sa carrière en gestion de projet?

Si je prends mon cas, il y a beaucoup de choses que je referais ou que je ne referais pas. Mais je ne vais pas me blâmer pour autant parce que c’est nécessaire pour acquérir de l’expérience.

Pas de regrets!

Pas de regrets, effectivement! Mais quelqu’un qui débute sa carrière a besoin de beaucoup d’humilité. Au sortir de McGill, des HEC ou d’ailleurs avec de grands diplômes, on peut croire tout connaître. Pourtant, on entre dans un monde complètement inconnu qui est bien différent. Il faut de l’humilité au sens propre du terme. Par exemple : j’arrive dans une organisation. La personne à l’accueil a une place qui lui est précise et pour laquelle elle détient des compétences. Elle est un maillon fort de la chaîne. Donc, à mon sens, elle peut m’aider à son niveau pour tout ce dont j’aurai besoin en lien avec son poste. Je dois aller la voir, je dois créer un contact fort avec elle pour avoir l’information dont j’ai besoin. Donc, ça demande de travailler sa communication. Encore plus important que l’humilité, la communication. Ça peut être l’assistante de direction, ça peut être la personne à l’accueil, peu importe. Vous serez très surpris que parfois, les personnes qui font du ménage maîtrisent une foule de choses dans les organisations. Moi, je m’assure toujours, quand je travaille, de prendre un temps d’arrêt avec tous les employés pour leur dire « bonjour ». Parce que je suis convaincu que s’il y a quoi que ce soit, ils pourront m’aider dans mon projet.

On est tous liés, on est tous égaux. Il n’y a pas de valeurs nécessairement associées.

Exact. Souvent, on parle de pyramide. Je dirais qu’il s’agit plutôt d’une cartographie où chacun a sa place.

 

Un dernier mot pour nos lecteurs?

Oui. La rigueur sur l’aspect non seulement professionnel, mais aussi sur l’aspect humain. Et le respect. Le plus important : avoir de l’humilité en toute circonstance. C’est quelque chose que je conseillerais fortement aux nouvelles personnes, parce que le reste, après, ça vient tout seul.

Pour moi, il n’y a pas de maillon faible. Vous êtes tous des maillons forts.

Je me nourris de vos connaissances.

 

 

 

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